Vincent Gobber

Interview de Tadashi Kawamata (COMPLET)

Voici votre article mis en forme pour WordPress, avec les légendes d’images regroupées en fin d’article :


Entretien : l’artiste Tadashi Kawamata dévoile ses créations miniatures avant sa grande installation au Palais de Tokyo

Jusqu’au 21 février, Tadashi Kawamata présente à la galerie Mennour à Paris sa dernière série d’œuvres inédites. À l’ouverture de l’exposition, notre journaliste Agathe Hakoun est allée à la rencontre de l’artiste. Découvrez notre entretien.

On le connaît pour ses cabanes dans les arbres, appelées Tree Huts, des refuges aériens aussi inaccessibles que poétiques. À une tout autre échelle, Tadashi Kawamata présente chez Kamel Mennour à Paris ses derniers travaux inspirés de la tradition des bonsaïs japonais. Sur diverses branches, l’artiste a disposé des petites structures de fortune appelant à la méditation et à développer notre imaginaire. La signification de ces cabanes, leur relation à l’espace, la symbolique du bonsaï et un grand projet à venir au Palais de Tokyo… À l’occasion de l’exposition, Tadashi Kawamata s’est confié à la rédaction de Connaissance des Arts.


Pour commencer, pouvez-vous présenter l’exposition en quelques mots ?

Tadashi Kawamata : C’est ma huitième exposition à la galerie Kamel Mennour à Paris. Elle s’est décidée très rapidement, puisque c’est seulement à la fin de l’année dernière que nous avons fixé la date. J’ai apporté toutes les maquettes de projets que je n’avais jamais montrées. Ce sont des pièces réalisées depuis une dizaine d’années, mais qui n’ont jamais été exposées en galerie. C’était le bon moment pour moi. Récemment, j’ai commencé à peindre sur les murs tout en les associant aux cabanes, dans un travail plus proche de l’installation. L’espace de la galerie s’y prêtait vraiment et je voulais créer quelque chose de nouveau.


Pourriez-vous nous en dire plus sur votre nouvelle série d’œuvres miniatures ?

Cette exposition est très importante pour moi car, depuis longtemps, je réfléchissais à la création de cabanes dans les arbres miniatures. Les maquettes que je réalise sont plutôt des études pour mes cabanes in situ. Mais dans les bonsaïs, mon travail dépend des branches sur lesquelles je les dispose. En fonction des morceaux de branches que je ramasse dans la rue ou dans des buissons près de mon entrepôt, je crée des images issues de mon ressenti. La situation est toujours différente. J’aime travailler à cette échelle dans mon atelier, au calme, pour imaginer un paysage miniature et y placer mes cabanes et nids. Cela me rappelle beaucoup les bonsaïs, qui viennent de Chine mais qui ont ensuite été développés par les Japonais à leur manière. J’ai commencé à en créer en 2025 et en 2026.


Est-ce un changement de rapport de force ? Habituellement dans un bonsaï, l’homme contrôle la nature, ici ce serait l’inverse ?

Oui, je pense qu’un bonsaï traditionnel demande beaucoup d’attention et de temps. Il faut le suivre tous les jours. Je réutilise une branche coupée et j’essaie de lui trouver une autre possibilité de l’ordre de l’imaginaire. C’est une perspective différente dans mon travail qui change de la maquette ou du modèle qui me permettent de construire une cabane sur un vrai arbre et sur un site en particulier qui me servent de référence.


Que représentent pour vous les cabanes dans votre travail et ici dans ces bonsaïs ?

Je développe le travail des cabanes dans les arbres depuis plus de 10 ou 15 ans, toujours en m’accrochant à une situation réelle, que ce soit un arbre dans une forêt ou dans un parc. Je les place directement là comme une sorte d’objet. Ce ne sont pas des sculptures sur des socles. La cabane ou le nid sont comme une aire de jeux pour enfants qui font aussi appel à l’imaginaire. Les gens les regardent et créent une histoire par eux-mêmes. Je trouve cela très intéressant que chaque personne réfléchisse indépendamment : « Peut-être que quand j’étais enfant, j’essayais de faire une cabane dans un arbre » ou « peut-être s’agit-il d’un nid d’oiseau, qui va s’envoler ».


Et pouvez-vous nous raconter comment cette idée du nid ou de la cabane vous est-elle venue ?

Il y a très longtemps dans les années 1980, quand j’étais à New York, j’ai commencé à faire de faux abris pour sans-abri avec du carton et des matériaux de récupération. Je créais ces installations dans la ville mais elles n’étaient pas fonctionnelles. Les gens ne dormaient pas dedans. Je faisais quelque chose qui se situait entre le vrai abri et une œuvre d’art mais ces interventions finissaient toujours détruites très rapidement. Alors, un jour, je me suis dit que peut-être si je les mettais dans les arbres, elles dureraient plus longtemps. Ce n’est pas, comme on pourrait le penser, parce que les cabanes dans les arbres étaient un rêve d’enfance. J’ai seulement placé ces abris de sans-abri en hauteur pour qu’ils ne soient pas détruits. Puis, j’ai commencé à rassembler plus de matériaux de récupération.

Au fil du temps, ces constructions sont devenues des cabanes dans les arbres plus classiques mais toujours inaccessibles et non fonctionnelles. Le nid, ou d’autres formes organiques m’intéressent pour attiser la curiosité des passants. Même s’il est attaché à un bâtiment, sa taille change et il peut devenir une sorte de parasite pour le lieu, la ville, la rue ou la nature. Je procède de cette manière. Mon travail est plus comme une intervention, parfois des personnes le comparent à du graffiti.


Les œuvres que vous présentez dans l’exposition sont aussi différentes manières de créer des pièces plus pérennes ?

Oui. Je n’ai pas vraiment pensé à combien de temps les bonsaïs pourraient durer. Dans l’exposition, je présente des pièces qui sont des modèles, des études ou des objets indépendants. Je continue toujours à faire des maquettes pour chacun de mes projets mais parfois je vais au-delà d’un lieu spécifique. J’ai plusieurs styles de maquettes. Certaines sont des maquettes de référence pour des projets spécifiques liés à des sites. D’autres sont imaginaires comme des cabanes dans les airs. Et les autres sont des constructions abstraites.


Vous considérez-vous maintenant plutôt comme un sculpteur ou un architecte ?

En école d’art, j’ai étudié la peinture. J’ai commencé par des œuvres bidimensionnelles, puis tridimensionnelles, et elles sont devenues plus sculpturales. Mais, comme je travaille in situ, c’est toujours dans un espace, qu’il soit intérieur, extérieur ou lié à un bâtiment. Mon travail est donc devenu plus architectural. Je me place toujours entre l’architecture et l’œuvre d’art. Cela me convient et me permet parfois de dire quelque chose sur la ville, la rue ou une situation de la vie quotidienne.


Et quel est votre processus créatif ? Commencez-vous directement par travailler dans l’espace ?

D’abord, je me rends sur le site pour observer. Cette première impression du lieu est très importante : le type d’espace, les conditions, le voisinage mais aussi les dimensions et le paysage. Ensuite, je recherche l’histoire du site et je m’en inspire. Puis, quand je retourne à l’atelier, je réfléchis, je fais des croquis et je présente un retour au client pour voir ce qu’il pense de mon idée. Cela prend toujours beaucoup de temps. Arrive ensuite l’aspect plus technique. Je demande à l’ingénieur ce qu’il pense de la stabilité du site, de l’impact du vent, de la gravité… C’est le côté architectural du projet. Une fois ces éléments précis évalués, je collecte les matériaux. Chaque projet prend un ou deux ans. À ce moment-là, je commence à faire le modèle ou la maquette et des croquis. Ce n’est que sur le site que je réalise le projet.

J’ai cinq ou six projets par an, et plus de dix en continu. Mais concrètement, j’en réalise seulement un peu plus de la moitié, soit six projets sur dix. Je ne peux pas en continuer certains à cause de nombreuses obligations, liées à des problèmes financiers ou techniques.


Dans vos prochains projets, vous allez travailler au Palais de Tokyo, pourriez-vous nous en dire quelques mots ?

En février, je vais réaliser un grand nid sur le bâtiment du Palais de Tokyo à Paris. Nous en sommes à l’étape technique et nous devrons bientôt commencer à traiter des questions logistiques et de l’assemblage des matériaux. Le public pourra le découvrir le 12 février.


Pour finir, qu’espérez-vous que les visiteurs retiendront ou ressentiront avec l’exposition parisienne chez Mennour ?

Je pense que les personnes qui viennent à la galerie, j’en ai rencontré lors du vernissage, connaissent déjà mon travail. J’ai essayé de présenter quelque chose de nouveau, comme le bonsaï, ainsi que des maquettes et des installations qu’ils n’ont jamais vues. Je souhaiterais les surprendre tout en développant encore mes œuvres. J’ai la chance de travailler avec Kamel Mennour depuis plus de 20 ans maintenant. Je l’ai rencontré quand j’ai emménagé à Paris et nous avons commencé à collaborer en 2006 ou 2007. C’est quelqu’un de droit, très enthousiaste pour l’art et qui me soutient beaucoup.


« Tadashi Kawamata, bonsaï »
Mennour
6 rue du Pont de Lodi, 75006 Paris
Jusqu’au 21 février
Site de Connaissance des Arts


Légendes des images

  1. Tadashi Kawamata, Tree hut on the wall, 2026, technique mixte, dimensions variables. Courtesy the artist and Kamel Mennour Paris.
  2. Vue de l’exposition « Tadashi Kawamata, bonsaï » chez Mennour à Paris. Photo : © Connaissance des Arts / Agathe Hakoun.
  3. Tadashi Kawamata, Tree Huts, 2008, bois, dimensions variables, vue de l’intervention, Madison Square Park, New York. © Tadashi Kawamata. Photo : Ellen Page Wilson. Courtesy the artist and Kamel Mennour, Paris.
  4. Tadashi Kawamata, Vue de l’exposition place Vendôme pour la Fiac, 2013, Paris. Photo : archives Kamel Mennour. Courtesy the artist and Kamel Mennour Paris.
  5. Tadashi Kawamata, Nest for Kamel Mennour Study 4, 2018, bois et peinture sur contreplaqué, 210 x 306 x 25 cm. © Mennour. Courtesy the artist and Kamel Mennour Paris.
  6. Tadashi Kawamata, Bonsaï n°34, 2026, branche en bois, bois, et colle sur contreplaqué, 98 x 28,5 x 34,5 cm. © Mennour. Courtesy the artist and Kamel Mennour Paris.

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